Certains conseils souvent rabâchés pour calmer une crise de pleurs font plus de mal que de bien. Laisser couler les larmes, ignorer les signaux d’alerte sous prétexte que « ça passera », revient la plupart du temps à prolonger la souffrance et à la rendre plus vive.
Le corps, lui, n’a que faire des slogans. Fatigue, bouleversements hormonaux, excès de stimulations : ces facteurs désarment même les tempéraments les plus posés. Pourtant, des méthodes inspirées des thérapies comportementales, longtemps réservées aux cabinets de spécialistes, se révèlent précieuses pour agir, vraiment, face à l’urgence.
Pourquoi les crises de pleurs surviennent-elles et que révèlent-elles sur nos émotions ?
Les pleurs ne sont ni un simple réflexe ni la marque d’une tristesse passagère. Ils témoignent d’un malaise intérieur, d’un trop-plein de stress ou de frustration. Que l’on soit adulte ou enfant, la crise de larmes indique qu’un cap a été franchi, que le mal-être ou la fatigue ne peuvent plus se cacher derrière les conventions.
Voici quelques déclencheurs fréquents :
- Une déception soudaine, une colère rentrée ou la sensation d’être submergé émotionnellement peuvent ouvrir la voie à ces tempêtes internes.
- La crise de pleurs agit alors comme un sas de décompression, l’organisme cherche à relâcher une pression restée trop longtemps enfouie.
On a longtemps assimilé ces moments à un aveu de faiblesse. Pourtant, ils tiennent un rôle central dans notre équilibre émotionnel. Les larmes expriment ce que les mots n’arrivent pas toujours à formuler : une angoisse diffuse, un sentiment d’impuissance, une lassitude qui épuise. Chez l’enfant, la crise de panique ou la crise de pleurs reflète une difficulté à composer avec la frustration, une étape dans l’apprentissage de la gestion des émotions. Chez l’adulte, la crise signale que la psyché tente de s’adapter à une surcharge invisible.
Apprivoiser ses émotions n’est pas inné. Prendre conscience qu’une crise est un message du corps, un avertissement, marque un vrai tournant dans la connaissance de soi. Loin d’être un défaut, ces crises émotionnelles rappellent que nos limites existent et méritent d’être écoutées.
Les impacts des pleurs répétés sur la santé mentale et le bien-être
Chez certaines personnes, les pleurs répétés deviennent une habitude lourde à porter. Ils s’inscrivent dans la durée, laissant des traces sur le corps comme sur l’esprit. Les professionnels de santé mentale voient dans ces signaux un symptôme courant de troubles tels que la dépression, l’anxiété, le trouble bipolaire, mais aussi de manifestations plus spécifiques comme le syndrome de stress post-traumatique ou le trouble de la personnalité limite. Cette vulnérabilité envahit peu à peu le quotidien, déséquilibrant les émotions et rongeant le bien-être.
L’accumulation de crises de larmes altère l’image de soi. L’isolement grandit, la confiance vacille, les relations s’effritent. Le corps, lui, encaisse : fatigue persistante, nuits hachées, nervosité permanente. Parfois, l’organisme s’exprime autrement : palpitations, migraines, digestion qui se dérègle.
Facteurs aggravants et pathologies associées
Certains contextes ou maladies rendent la situation plus difficile. Voici les principaux facteurs identifiés :
- Un deuil difficile ou une dépression liée à un traumatisme accentuent la fréquence des crises de pleurs.
- Certains troubles neurologiques, tel que l’affect pseudobulbaire, provoquent des pleurs incontrôlables, sans lien direct avec l’émotion du moment.
- Un déséquilibre de la sérotonine, cible d’un traitement par inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, peut entretenir la répétition de ces épisodes.
Faire face à ces crises suppose de reconnaître leur origine plurielle. Repérer leur régularité aide souvent à détecter un trouble de santé mentale sous-jacent, qui demande parfois l’intervention d’un spécialiste.
Techniques éprouvées pour apaiser une crise de pleurs, même dans l’urgence
Agir dès les premiers signaux d’une crise de pleurs fait toute la différence. Dès l’apparition des premiers sanglots, dirigez votre attention vers la respiration. Ralentissez, inspirez par le nez, expirez lentement par la bouche. Ce geste simple ajuste le rythme cardiaque et calme le système nerveux en quelques instants.
Autre piste : bouger. Une marche, quelques étirements, contracter puis relâcher les muscles détournent l’esprit de l’émotion et coupent net l’escalade. Ce principe fonctionne chez l’enfant comme chez l’adulte.
Appeler un proche ou simplement échanger avec une personne de confiance change la donne. Un mot réconfortant, une oreille attentive, une présence : parfois, c’est tout ce dont on a besoin pour retrouver un peu d’air. L’échange, même bref, met à distance la crise et aide à se recentrer.
Les techniques cognitivo-comportementales apportent aussi des solutions concrètes : reformuler sa pensée, se ramener dans le présent, nommer l’émotion qui déborde. Ce sont des outils validés, efficaces pour réduire la fréquence et la durée des crises, surtout quand il faut agir vite.
Si la crise persiste, privilégiez un environnement tranquille. Réduisez la lumière, atténuez les bruits, limitez les stimulations. Revenir au calme physique facilite la régulation émotionnelle, condition nécessaire pour sortir du cycle de la crise.
Quand et comment demander de l’aide : reconnaître les signes qui nécessitent un accompagnement professionnel
Parfois, solliciter un accompagnement professionnel devient indispensable. Les crises de pleurs qui durent, s’intensifient ou s’accompagnent de signes physiques et psychiques doivent alerter. Certains indicateurs ne doivent pas passer inaperçus :
- pleurs persistants sur plusieurs jours ou semaines,
- sentiment d’angoisse ou de vide qui s’installe dans le quotidien,
- symptômes associés : insomnie, perte d’appétit, fatigue qui ne lâche pas,
- pensées sombres, idées suicidaires, repli sur soi,
- antécédents de dépression, trouble bipolaire ou de personnalité limite.
Quand les crises se répètent, quand l’équilibre émotionnel semble hors de portée, quand l’angoisse ou le corps s’en mêlent, il est temps de consulter. Enfants et adultes peuvent se retrouver démunis face à l’intensité de ces tempêtes, sans assez de ressources pour les affronter seuls.
Faire appel à un psychologue ou à un spécialiste de la santé mentale n’a rien d’un aveu d’échec. C’est un choix de lucidité et de soin. Repérer tôt des troubles comme le trouble de stress post-traumatique, l’affect pseudobulbaire ou un deuil difficile change la trajectoire. Entre thérapies cognitivo-comportementales, soutien psychologique et, si nécessaire, traitements adaptés, chaque situation peut trouver une réponse sur mesure.
Rester seul face à la tempête n’a rien d’une fatalité. S’autoriser à demander de l’aide, c’est déjà avancer vers l’apaisement.


