Éducation laxiste : définition, conséquences et solutions

Lorsque les chiffres sur l’explosion des troubles du comportement chez les jeunes bousculent les certitudes, il ne s’agit plus d’un fantasme de sociologue déconnecté. Plusieurs études récentes mettent en lumière un phénomène qui s’installe : le relâchement de l’encadrement éducatif n’est pas sans conséquence. Rapports institutionnels et recommandations ministérielles convergent peu à peu : le besoin de repères structurants, de cohérence et d’exigence bienveillante, revient au centre du débat. L’époque où l’on considérait la permissivité comme antidote à l’autoritarisme semble s’essouffler.

Le débat sur les conséquences à long terme de certaines approches éducatives reste vif. Les spécialistes s’accordent toutefois sur la nécessité d’un juste équilibre entre autorité, écoute et accompagnement individualisé.

Éducation laxiste : de quoi parle-t-on vraiment ?

Quand on parle d’éducation laxiste, on désigne un mode d’accompagnement où les limites s’effacent, où les règles deviennent accessoires. L’enfant évolue alors dans un univers où la confrontation est systématiquement évitée, où la réponse aux désirs immédiats prime sur la construction de repères. La notion de parentalité laxiste traduit ce positionnement : négociation permanente, discipline absente, frontières mouvantes entre le monde des adultes et celui des enfants.

Dans ce climat, le parent s’efface derrière une volonté de compromis à tout prix. L’enfant, en retour, se retrouve sans filet, sans garde-fous pour canaliser ses envies ou comprendre les conséquences de ses actes. Des recherches récentes pointent que, loin d’encourager la maturité, cette dynamique peut générer de l’anxiété et alimenter l’égocentrisme. L’apprentissage du refus et de la frustration devient alors laborieux, la faculté d’empathie s’en trouve souvent fragilisée.

Voici ce que recouvrent les principales dimensions de ce type d’éducation :

  • Éducation laxiste : cadre absent, repères flous, permissivité dominante
  • Parentalité laxiste : discipline en retrait, négociation excessive, règles inconsistantes
  • Conséquences : difficultés face à la frustration, troubles du comportement, tensions dans la cellule familiale

La permissivité totale n’est pas synonyme de respect inconditionnel. Les professionnels le constatent : lâcher les rênes sans balises expose à des difficultés bien concrètes, qu’il s’agisse de troubles du comportement ou d’un climat tendu à la maison. Finalement, la définition de l’éducation laxiste s’oppose frontalement à celle d’une autorité structurante : là où l’une guide et rassure, l’autre laisse l’enfant face à une liberté qui, faute de sens, déroute plus qu’elle n’émancipe.

Pourquoi l’absence de cadre peut fragiliser le développement de l’enfant

Un enfant livré à lui-même ne flotte pas dans un confort de liberté. Il se débat avec l’incertitude, sans savoir ce qui est attendu de lui ni jusqu’où il peut aller. Quand les règles manquent, difficile d’anticiper les réactions ou de comprendre les limites : cette instabilité nourrit l’insécurité, pas la créativité.

La sphère émotionnelle s’en ressent. Grandir sans frontières éducatives, c’est rencontrer des obstacles à l’identification et à la gestion de ses émotions. Supporter un « non », différer un désir, accepter la frustration : autant d’apprentissages qui se compliquent. Petit à petit, la confiance en soi se fragilise, l’estime de soi vacille, rien ne vient stabiliser le ressenti intérieur.

Sur le plan social, l’enfant élevé dans la permissivité se heurte souvent à des difficultés pour respecter les règles collectives, collaborer ou résoudre les désaccords. C’est en se confrontant à des limites justes, répétées et expliquées, qu’il apprend à s’inscrire dans un groupe et à composer avec la différence ou la frustration.

Pour mieux cerner ces impacts, voici les principaux risques identifiés par les spécialistes :

  • Absence de cadre : repères incertains, instabilité intérieure
  • Conséquences : difficultés à s’autoréguler, fragilité des liens sociaux, vulnérabilité émotionnelle

À l’opposé, une éducation autoritaire rigide, fondée sur la sanction, ne règle rien : elle génère souvent inhibition, colère ou agressivité, sans ouvrir la voie à l’autonomie. Trouver la bonne distance, proposer des règles claires, accompagner l’enfant pour qu’il en comprenne le sens : tout l’enjeu est là, dans la nuance.

Éducation stricte, bienveillante, positive : quelles alternatives face au laxisme ?

Renforcer le cadre ne signifie pas verser dans la sévérité pure. L’éducation stricte privilégie l’obéissance et la sanction, mais oublie souvent la nécessité du dialogue et de l’autonomie. Claude Halmos, entre autres, insiste : poser une autorité structurante est indispensable, mais sans explication, la discipline ne fait que tendre les relations familiales et miner l’estime de soi.

C’est dans cette faille qu’émerge la parentalité positive, qui cherche à conjuguer fermeté et bienveillance. Suivant les travaux d’Isabelle Filliozat ou Catherine Gueguen, cette approche propose des règles claires, expliquées, mais toujours accompagnées d’écoute et de reconnaissance des émotions. L’enfant s’approprie les repères, apprend à coopérer plutôt qu’à subir, se responsabilise sans s’écraser.

Pour comprendre les piliers de cette alternative, voici les éléments qui la fondent :

  • Bienveillance : accueil des émotions, écoute active, respect du rythme de l’enfant
  • Fermeté : cadre explicite, limites constantes, repères stables
  • Dialogue : explication des règles, implication de l’enfant dans la recherche de solutions

Maria Montessori a posé les bases d’un équilibre entre liberté et structure ; Alfie Kohn défend la collaboration plutôt que l’opposition. Certains pays, comme la Suède ou l’Allemagne, appliquent déjà ces modèles dans leurs systèmes éducatifs, avec des effets mesurés sur l’épanouissement social et émotionnel. En France, la culture du rapport de force évolue doucement, portée par la diffusion de principes issus de l’éducation positive.

Mère regardant son fils sur son téléphone à la cuisine

Vers une éducation équilibrée : pistes concrètes pour allier bienveillance et cadre

Construire un cadre rassurant ne passe pas par l’autoritarisme, mais par la clarté et la prévisibilité des règles. Fixez des consignes compréhensibles, adaptées à l’âge, et prenez le temps d’expliquer leur utilité. Le parent guide, rassure, pose un fil rouge qui sécurise sans brimer. La bienveillance n’exclut pas la rigueur, elle la renforce.

Le dialogue reste la clef. Prendre en compte les besoins de l’enfant, accueillir ses émotions, encourager l’expression : ces gestes simples consolident le lien et favorisent la construction de l’autonomie. Nicolas Marquis relève que de plus en plus de familles choisissent d’intégrer l’enfant à l’élaboration des règles, une dynamique qui développe la confiance mutuelle et l’estime personnelle.

Voici quelques pratiques qui peuvent faire la différence au quotidien :

  • Exprimez clairement les attentes et formulez des consignes sans ambiguïté.
  • Face à une règle transgressée, privilégiez l’explication à la sanction automatique.
  • Favorisez la réparation plutôt que la punition, afin d’encourager la responsabilisation.

La parentalité positive s’appuie sur la constance et la douceur. Les avancées en neurosciences, relayées notamment par Catherine Gueguen ou Gabor Maté, confirment que la sécurité affective protège et structure l’enfant, sans qu’il soit besoin de recourir à la contrainte. Lorsque des blessures s’installent, il existe aujourd’hui des outils thérapeutiques comme l’EMDR, l’EFT ou les thérapies corporelles pour accompagner la réparation psychique. Garder le cap, c’est offrir un socle solide : des repères fiables, une présence chaleureuse, et la certitude que l’enfant saura, un jour, naviguer par lui-même entre liberté et cadre.

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