San Candido/Innichen. Difficile de trouver un autre joueur italien de haut niveau dont le berceau se situe dans une enclave germanophone, et pourtant, c’est bien d’Italie que Jannik Sinner porte les couleurs. Hanspeter et Siglinde Sinner, ses parents, sont enfants du Sud-Tyrol, ce territoire autonome où la langue de Goethe s’impose dans la rue, tandis que les institutions parlent italien. Ce décalage, à la fois discret et marquant, intrigue les passionnés de tennis, toujours prompts à décortiquer les trajets hors normes.
Jannik Sinner, une ascension fulgurante entre passion familiale et identité alpine
Né à San Candido/Innichen, dans ce Tyrol du Sud à l’histoire mouvementée, Jannik Sinner grandit là où les Alpes dictent le rythme des jours. Ici, l’allemand s’impose dans les échanges, tandis que l’italien reste la langue du passeport. Sesto/Sexten, son village natal, offre un décor rude : l’hiver façonne les caractères, la montagne impose sa loi. Dès l’enfance, Sinner dévale les pistes de ski, jusqu’à décrocher un titre de vice-champion d’Italie de slalom géant en 2012. Puis, à l’adolescence, il opte pour un virage inattendu : il range les skis et se lance dans l’aventure du tennis, terrain moins familier dans la région.
Dans cette trajectoire, le rôle de la famille Sinner ne relève pas du simple soutien logistique. Hanspeter, chef cuisinier, et Siglinde, serveuse, œuvrent dans un refuge d’altitude. Leur appui, tout en discrétion et en confiance, permet à Jannik de rejoindre Riccardo Piatti, une référence du coaching italien, alors qu’il n’a que 14 ans. Cette liberté offerte à leur fils, ce choix de l’accompagner sans jamais l’enfermer, tranche avec la rigidité que l’on retrouve souvent dans les parcours sportifs classiques.
Installé aujourd’hui à Monte-Carlo, Sinner continue de surprendre. Il manie l’allemand, l’italien et l’anglais avec la même aisance que ses revers croisés. Cette ouverture, forgée entre les Dolomites et la scène internationale, détonne dans le paysage du tennis italien. Sa capacité à passer d’un univers à l’autre, à incarner une identité multiple sans jamais se perdre, suscite l’admiration. Les origines de Sinner, loin d’être anecdotiques, éclairent sa saison remarquable, des courts de l’Open d’Australie à ceux de Roland-Garros, face aux cadors de l’ATP.
Pourquoi l’histoire et les origines de ses parents fascinent autant les amateurs de tennis
Tout chez Jannik Sinner ramène à cette singularité familiale. Le Tyrol du Sud, terroir de sa famille, impose un mode de vie montagnard, fait de discrétion et de sobriété. Hanspeter, chef cuisinier, et Siglinde, serveuse, incarnent cette simplicité. Leur parcours professionnel, loin du faste et des projecteurs, attise la curiosité dans un univers sportif où l’ascension sociale est souvent mise en avant.
Siglinde Sinner, quant à elle, intrigue : rarement vue, rarement citée, elle reste en retrait. Pourtant, sa présence silencieuse interroge. Comment cette mère, aussi discrète qu’indispensable, a-t-elle participé à façonner la détermination et la réserve de son fils ? Son choix de ne pas s’exposer, de laisser la lumière à Jannik, nourrit les discussions.
La composition du foyer Sinner va plus loin encore. Mark, le frère adoptif de Jannik, est originaire de Russie. Ce choix d’adoption, signe d’ouverture et de curiosité, reflète la capacité de la famille à accueillir des parcours différents, à élargir les horizons.
Voici ce qui frappe dans cette histoire familiale atypique :
- Appartenance à une minorité linguistique : chez les Sinner, l’allemand, l’italien et le russe se côtoient au quotidien, miroir de la mosaïque identitaire du Trentin-Haut-Adige.
- Éducation : l’autonomie offerte à Jannik, la confiance accordée très tôt, contrastent nettement avec la rigueur et le contrôle qui marquent souvent les carrières sportives.
Certains voient dans ce mélange d’austérité montagnarde, de liberté éducative et d’ouverture familiale la source de la force tranquille de Jannik Sinner. Sa notoriété, toute récente, n’a pas altéré ce lien solide avec ses racines. À chaque performance sur les courts, de Roland-Garros à l’Open d’Australie, l’histoire familiale refait surface, captant l’attention d’un public avide de comprendre ce qui façonne vraiment les champions. La trajectoire de Sinner n’est pas seulement celle d’un prodige du tennis : elle raconte un ancrage, une différence assumée, et cette curiosité inépuisable des passionnés pour tout ce qui brise les schémas attendus.


